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Le diplôme d’allaitement

Et oui, si on peut se dire qu’allaiter est un acte naturel, qu’est-ce qu’il est Ô combien compliqué ! Il faut calculer le moindre angle de bébé, la position de sa langue, de la lèvre, de son gros orteil (non je rigole). Mais tout ça, je ne le savais pas.

Naïvement, je pensais que les informations que j’avais glanées allaient me suffire à allaiter correctement mon enfant. Je m’attendais à un moment de joie intense quand bébé téterait pour la première fois en peau à peau juste après sa naissance, et à un moment d’échange profond avec lui le reste du temps.

Mais ça, c’était avant ! Ou c’est maintenant. Mais j’ai eu une grosse période où ça n’a pas été le cas. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.

D’après toutes mes informations, j’avais réussi à comprendre plusieurs choses :

  • Le bébé devait avoir une « grande bouche » avant de prendre le sein pour tirer correctement le lait
  • Le bébé devait être aligné (bassin/épaules/tête) pour être bien installé
  • Il ne fallait pas appuyer sur la tête du bébé mais sur ses épaules pour le mettre au sein

Seulement, sur le papier cela paraît facile. En pratique…

Juste après la naissance, pendant le peau à peau de 2h qui suit l’instant, bébé a tété. Et j’ai eu mal. Evidemment, n’ayant jamais allaité, mes tétons n’étant pas habitués je me suis dit que c’était logique. Que je devrais prendre mon mal en patience et que ça allait passer. Après tout, j’avais entendu beaucoup de maman dire que c’était normal, que ça passait après quelques temps. Et puis j’avais la peau claire, c’est toujours plus compliqué.

Et puis le jour suivant, toujours cette douleur. Et la galère. Parce que sur toutes les vidéos qu’on peut voir, ou toutes les explications, les bébés sont toujours super calmes, ok pour allaiter sans broncher. Vous avez déjà vu un nourrisson qui a faim et qui exige de manger parce qu’il sait ce qu’il veut ? Moi oui et je peux vous assurer que c’est tout sauf calme. Il pleure, il bouge, il repousse parfois, et il a une toute petite bouche qui exige une grande précision pour allaiter dans la bonne position sans vous faire mal.

Alors oui, les jours qui ont suivi je ne savais pas le mettre au sein, à part allongée. Et encore, je m’y prenais visiblement mal puisque j’ai provoqué des crevasses. Une des conséquences de la mauvaise position. Je peux vous dire que c’est douloureux, très douloureux. Et long à guérir quand on ne réussit pas à corriger durablement la position du bébé.

Ce que je ne savais pas, et que je sais maintenant, c’est que l’allaitement NE DOIT PAS faire mal. Jamais. En aucune circonstance. Si c’est le cas, c’est qu’un paramètre n’est pas bon. Pas vous, pas le bébé, mais quelque chose qu’il faut régler, ensemble.

Je compare personnellement l’allaitement à un long apprentissage commun, qu’il faut faire au fur et à mesure du temps, en se donnant le temps. Deux personnes qui s’apprivoisent et apprennent les gestes dont l’autre a besoin. Enfin c’est plus facile d’en parler maintenant. Mais à l’époque, quand j’essayais d’apprendre avec lui, je me disais juste que j’étais incapable de nourrir mon bébé, que j’étais une mauvaise mère, et que j’allais être obligée de passer au biberon. Parce que oui, chaque tétée m’effrayait, je finissais par repousser mon bébé physiquement quand il était sur le point d’attraper le téton (ça donnait une danse magnifique), et je pleurais quand il arrivait enfin à attraper le téton (pour une autre raison aussi – on en parlera plus tard).

Il faut donc savoir qu’il existe plusieurs positions, et plusieurs problèmes potentiels pour une mauvaise position. Bébé avait les lèvres rentrées quand il tétait, je devais donc à chaque fois vérifier qu’elles étaient vers l’extérieur. Et puis il faut savoir retirer bébé du sein. Ce n’est pas facile au début, ça fait mal, on ne sait pas comment s’y prendre. Maintenant je gère. Mon petit doigt n’a pas eu d’ongle ou presque les premières semaines pour cela. Et puis j’ai appréhendé les positions une par une, doucement, en prenant mon temps. D’abord la madone inversée (que je conseille pour débuter !), puis la BN (Biological Nurturing), puis la « ballon de rugby ».

Aujourd’hui, je les maitrise toutes et ma préférée reste la BN ! Bébé change de sein tout seul à 2 mois et demi, et il me regarde intensément pendant toute la tétée. Un véritable échange dans la douceur et la tendresse. Pour rien au monde je ne regrette d’avoir morflé 1 mois et demi pour un tel résultat, même si d’autres choses m’angoissent !

 

En tout cas, si je peux vous donner un conseil : consultez. Dès que vous ressentez une gêne, si vous avez un doute sur la position ou l’efficacité de votre bébé, demandez. Profitez à fond de la maternité pour cela, plusieurs fois par jour s’il le faut, mais ne sortez pas en ayant mal. Ou alors, d’une douleur qui s’atténue et guérira tranquillement une fois rentrée. Et une fois dehors, vous n’êtes pas seule. Votre maternité fait peut-être des consultations en allaitement, ou alors consultez la Leche League. Mais surtout n’attendez pas, jamais. Si vous vous dites « je ne me sens pas à l’aise, j’ai l’impression d’avoir mal mais ce n’est pas très fort », alors consultez. Il vaut mieux consultez pour se rassurer, que ne pas consulter et laisser les choses s’installer.

Sans la sage-femme qui m’a aidée, qui m’a montré, qui a pris le temps de m’écouter, je n’aurais pas réussi à maitriser l’allaitement. Mais maintenant, les angles de position du bébé n’ont plus de secret pour moi ! Si seulement on m’avait dit tout ça avant… Finalement l’allaitement, c’est une véritable technique.

 

Bisous alignés,

Votre Lulucinda

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